24/04/2008

24/04/08 - 14:47

GaymerZ - Jeux vidéos, guerre et moralité




Je suis tombé hier sur un autre article de Gamasutra (oui, je sais, encore), cette fois sur le thème de la moralité dans le jeu vidéo, en particulier dans les war games. Pour résumer brièvement, l'auteur, Leigh Alexander, en appuyant son analyse sur la série des Metal Gear Solid, se pose la question si oui ou non, les développeurs de jeu ont une responsabilité morale par rapport au contenu de leur jeu. Du coup, si ici on parle de la guerre, on ne peut s'empêcher de rapprocher cette question sur la responsabilité morale de celles qui ont été posées lorsque ont débarqué GTA et son "Hot Coffee", ou plus récemment Manhunt2 sur Wii sur le thème de la violence, ou encore Resident Evil 5 sur le racisme anti-noir.





La question centrale est posée ici :

"Do game designers have a responsibility, when creating a war title, for treating war with gravity, ensuring that the game’s messages are consistent with the values of a healthy society?"

Si Leigh Alexander illustre parfaitement la qualité avec laquelle la série des MGS parvient à effacer un manichéisme typique aux jeux de guerre en ajoutant profondeur et motivation aux différents protagonistes, pour ma part je ne peux m'empêcher de ressortir ce vieil argument : l'art n'a pas à être moral. Du tout, du tout. En effet, si l'art est censé susciter des réactions, secouer les esprits, est-il pour autant supposer véhiculer un message éthique ?

A vrai dire, je ne pense pas. Cela n'est pas une obligation, cela ne le sera jamais. Par contre, que l'art ait une responsabilité vis à vis de la société, là je n'en doute pas, il en a une grosse (note : ne me citez pas hors-contexte ici ! ;) ), c'est juste que le message que l'art doit véhiculer n'a pas à être restreint ou normé : après tout, ce boulot-là revient à la censure (quelle que soit la forme qu'elle puisse adopter), celui de l'art étant juste d'explorer les possibilités, et d'éprouver justement cette censure.

Malgré tout, au de-là de cet argument un peu bateau, je vous avoue qu'à mon avis, tout cela vient certainement du fait qu'avant d'être de l'art, le jeu vidéo est avant tout un divertissement. Dans ce cadre, ce qu'il doit en priorité véhiculer, c'est du fun, du plaisir à jouer - y compris si cela signifie massacrer des milliers d'ennemis sur un champ de bataille. Ajoutez-y l'argument économique : un jeu doit se vendre, un jeu ne se vend que s'il est fun, un jeu peut être fun s'il s'appuie sur la violence, et vous comprenez pourquoi l'industrie n'hésite jamais à braver la censure sur la violence - parce qu'on parle d'argent ici, et que la violence fait vendre.

Du coup, pour recentrer mon propos, je dirais que oui, le jeu vidéo a une responsabilité morale (soyons généreux et considérons que c'est effectivement de l'art), mais que ce qui remet le plus en cause cette responsabilité, ce n'est pas du tout le fait qu'un jeu aborde ou non le thème de la guerre (ou du sexe, ou du racisme, etc.), c'est surtout le fait que ce qui guide l'industrie du jeu vidéo, c'est avant tout le profit, et surtout pas un quelconque devoir moral.

Cela dit, il y a des contre-exemples. On remarquera ainsi qu'un certain nombre d'acteurs ont adhéré à ce devoir moral, et pas seulement les éditeurs de logiciels pour enfants : le plus effrayant est de fait Nintendo lui-même, dont le discours responsabilisant remonte jusqu'à la création de leur fameux "Seal of Quality". Du coup, quand on voit le succès phénoménal de cette firme avec ses jeux de bisounours (de Mario à Zelda en passant par Wii Sports), on peut se dire qu'on peut très bien vendre du produit "responsable" et en tirer un (énorme) profit. Même Advance Wars, leur fameux wargame, a été "responsabilisé" récemment avec le dernier opus de la série, Dark Conflict, avec son scénario sombre (et affreusement sérieux).

De là, je me dois donc de nuancer ma conclusion : la responsabilité morale est certes facultative dans l'industrie du jeu vidéo, mais cela ne signifie pas qu'elle y soit forcément absente, ni qu'elle condamne un jeu à un moindre succès commercial. De même, la violence et la guerre ne sont qu'une source de fun parmi d'autres : ces sujets sont clairement destinés à un public particulier (l'adolescent et le jeune adulte masculin) - le problème ne survient que lorsque l'offre s'homogénéise de sorte que les seuls jeux disponibles ne relèvent plus que de ces thématiques.

Dans ce cadre, il est alors amusant de constater que le succès de Nintendo en deux ans est principalement dû à leur volonté de s'écarter clairement du public ado/jeunes adultes, ou plutôt, de continuer à plaire à ce dernier tout en plaisant à d'autres segments de la population. A croire que la violence ne vend plus autant qu'avant, mais nous verrons bien à la sortie de GTA IV..!

commentaires

24/04/08 - 18:30

Personnellement, les jeux rose bonbon, édulcorés, et autocensurées, ça me soule très (très) vite.

J'aime quand un jeu est pleinement assumé, qu'il soit gore, violent, obscène, débile ou puéril, quand on va au bout des choses.

28/04/08 - 17:34

La violence ne me gène pas, le sadisme oui.
Il suffit de voir un jeu comme manhunt 2 où la violence n'est pas "justifiée", où la progression dans le jeu ne nécessite pas forcément de zigouiller tout ce qui traine, pourtant c'est ce qui est au coeur du gameplay et qui marque LA grande différence avec d'autres jeux du même acabit.
Je me rappelle que pour MGS Sons of liberty, les développeurs avaient fait en sorte que Raiden et Snake puissent aller au bout de l'aventure sans tuer un seul pnj (tranquilizer power) avec bonus à la clé.
Ici la notion de survie en milieu hostile prend une toute autre dimension et ce n'est pas via une violence barbare et gratuite que le gameplay est mis en exergue.
Après peut-on parler de pression des éditeurs pour en faire un jeu politiquement correct "Zat is ze question"...

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