Réflexion de gaymer - Je vieillis.
L'autre soir, alors que je discutais avec l'un de mes jeunes amis (il a la vingtaine alors que j'approche déjà de la suivante décennie) fort enthousiaste en terme de jeux de rôle, je me suis rendu compte, avec une certaine fatalité, d'à quel point les jeux de rôle ne m'attirent plus.
Cette prise de conscience n'est pas ancienne, je l'avais déjà acceptée par ailleurs : il y a quelques temps j'assistais à une partie de Warhammer le JDR avec ma bande de vieux potes hétéros et... je me suis endormi.
Honte sur moi.
Quand je m'éveillais, la séance était presque finie.
Hier-soir au contraire, j'animais notre séance de jeux de société/plateaux avec mes amis gays et je n'ai pas arrêté de rire et de m'amuser. Curieux.
Je me rendis soudain compte alors que la nature du plaisir que je recherchais dans le jeu avait changé.
Quand j'avais quinze ans, j'adorais littéralement le jeu de rôle. Je passais des jours et des nuits à élaborer des scénarios pour mes joueurs ainsi qu'à fantasmer et ressasser les exploits de mes divers personnages. Cela a continué longtemps ainsi, pendant toutes les études en fait.
A cette époque où j'étais encore un tout jeune homme, j'aimais le jeu, et notamment le jeu de rôle, parce qu'il m'apportait de
l'imaginaire. Du beau, du grand, du pur imaginaire. A la limite, les gens avec qui je jouais importaient peu. Tout ce qui comptait était le rêve.
Aujourd'hui c'est différent. L'imaginaire ne m'intéresse plus - du moins, plus autant.
Ce qui compte vraiment maintenant, ce sont
les gens, ceux avec qui je joue.
Et pour prendre plaisir à la compagnie donc, je ne pense pas, ou plus, que le jeu de rôle soit vraiment la meilleure activité. Le jeu de rôle impose l'imaginaire. Le principe n'est pas de s'intéresser aux gens - en fait, il ne l'a jamais été : on s'intéresse aux
personnages, à la fiction, mais pas à Eric ou Jérôme, les gars qui incarnent cette fiction.
On ne parle pas de sa vie quand on fait du jeu de rôle.
C'est là ce qui fait la grandeur du jeu de rôle : l'évasion, et c'est aussi ce qui fait que cela ne me plaît plus.
Je ne cherche plus l'évasion comme pendant l'adolescence.
Je cherche du contact social.
En apprendre plus sur les gens, savoir qui ils sont, parler de nos vies, de nos peines, rire, passer du bon temps ensemble.
Le jeu de rôle s'y prête moins que les jeux de société tout simples.
Dans un jeu de cartes, il n'y a pas la règle implicitement et explicitement imposée de
l'immersion. On peut rester soi et discuter de nos dernières sorties sans avoir peur de gâcher son trip au maître de jeu. D'ailleurs, il n'y a même pas de maître de jeu.Tout le monde est pareil. On joue juste ensemble.
Quand on est jeune, qu'on va encore à l'école ou à l'université, on a plein de temps pour socialiser et connaître les gens. Du coup, on peut consacrer du temp à l'activité du jeu de rôle, parce que les gens, on a déjà pris le temps par ailleurs de les connaître, et on passe suffisamment de temps avec eux pour savoir ce qui se passe dans leur vie.
Quand on devient vieux, qu'on a un travail, une vie de famille, c'est moins facile.
On n'a plus le temps.
Si on consacre le peu de temps qu'il nous reste à nos loisirs, et que ces derniers sont principalement constitués de jeu de rôle, on n'a plus la possibilité de socialiser et connaître les gens. On joue avec eux, mais on a moins de temps pour savoir ce qu'il advient d'eux.
En fait, le jeu de rôle est une activité trop exigeante.
Elle en demande trop, et je n'ai plus le temps, tout simplement.
Alors qu'un jeu de société, ça s'apprend vite, ça permet de rire et de discuter, cela nécessite moins de concentration et de temps de préparation. C'est plus adapté à un emploi du temps serré. C'est mieux pour socialiser.
Je vieillis et constate que le temps aujourd'hui est un véritable luxe.
(et ne me parlez pas de crise de la trentaine)
Une notable exception que je m'accorde reste l'organisation de murder-parties. C'est du rôle, un peu, mais surtout beaucoup de socialisation. Cela en vaut plus la peine et me laisse une impression moins stérile que le jeu de rôle sur table.
La quasi-totalité de ma vie sociale s'axe autour d'activités ludiques diverses et dans tout ça, le jeu de rôle n'a plus vraiment sa place.
27/10/06 - 14:50
DHEA contre le vieillissement ici http:// !
stevezissou