12/08/2004

12/08/04 - 13:22

Roman-feuilleton (52) - "Pas de mais"

"Hé, Gilles, attends ! Attends, j'te dis !"

Gilles ralentit sa course et continua en marchant, sans regarder en arrière, pénétrant déjà dans le parc de l'hôpital. Samuel parvint finalement à sa hauteur, et, ahanant, poursuivit :

"Tu sais, tu ne devrais pas l'écouter. Il se réveille tout juste, il ne se rend pas vraiment compte de ce qu'il dit, et...
- Je ne pense pas, il m'a semblé sincère. On ne dit souvent que ce que l'on pense quand on sort juste de l'inconscience.
- Tu plaisantes, il était complètement désorienté !"

Gilles s'arrêta brusquement. Ses poings fermés frémissaient. Samuel n'osait croiser son regard, et se contenta de poser une main sur son épaule, regardant vaguement en direction des arbres plongés dans la nuit.

"Allez, sois pas triste, quelle idée tu as eu de t'enticher d'un gars comme ça quand même, c'est un vrai psychopathe, ce Laurent, je te jure, si tu le voyais quand il récure la baignoire chaque samedi-matin, c'est dément !
- Merci Sam, ça ira."

Gilles posa la main sur celle de Samuel, étonnamment brûlante.

"Tu sais que tu as les mains brûlantes ? Tu as de la fièvre ?
- Heu non, j'ai juste un peu couru.
- On peut pas dire que tu sois un sportif, toi, hein ?
- Non. Je ne suis pas comme toi ou Sarah, ou même Laurent. Vous êtes de vraies brutes, vous."

La remarque arracha un sourire à Gilles.

"Tu as raison, il n'était peut-être pas l'homme qu'il me fallait."

Son étreinte sur la main de Samuel s'accrût, puis des larmes se mirent à couler, silencieusement.

"La vie est mal faite.
- Terriblement mal faite, ouais.
- Je crois qu'il va falloir mettre un terme à notre complot, finalement. Il n'aura pas fait long feu, de toute façon, pas vrai ?
- Ouaip.
- Je peux continuer à t'aider, si tu veux. Pour Sarah, je veux dire.
- Non, ça va. Elle est trop obnibulée par son boulot de flic, elle n'aurait pas de place pour moi. Pour l'instant, du moins.
- Tu es sûr ? Si tu veux, je l'assomme, et tu la traînes dans ta caverne, tu n'as qu'un mot à dire.
- Héhé, ça va, ça ira. Elle risquerait de me briser les genoux avant de me mettre à mort.
- Je ne te le fais pas dire, je l'ai vue faire, c'est... effrayant.
- J'imagine. Bon qu'est-ce qu'on fait ? On retourne à l'hosto ? On rentre à la maison ?
- Rentrons à la maison. Tu as un cours de solfège à rattraper d'ailleurs.
- Hein ? Tu es sérieux ? Mais je croyais qu'on arrêtait le complot !
- Ne te défile pas. J'ai senti de légers progrès, je suis sûr qu'on finira par tirer quelque chose de toi.
- Oui, mais...
- Pas de mais."

Ils allaient se remettre à marcher quand Gilles se pencha pour déposer un timide baiser sur la joue de Samuel.

"Merci."

Il ne vit pas Samuel rougir.


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