Roman-feuilleton (50) - "Tu ne le mérites pas"
« Alors, enfin réveillé ? »
La voix de Samuel, à l’entrée de la chambre, attira soudain son attention. Gilles se redressa brusquement en sentant son mouvement. Voyant Laurent éveillé, il lui sauta au cou, l’étreignant :
« Mon Dieu Laurent, tu es enfin réveillé ! »
Il pleurait de joie en disant cela.
Laurent se sentit gêné, mais il n’avait même pas la force de le repousser.
« S’il… s’il te plaît… »
Gilles le regarda avec attention.
« Va… va-t-en… Tu me… fais mal… S’il te plaît… »
Gilles le dévisagea un instant, comme s’il ne comprenait pas, puis il se mordit la lèvre et sortit, les poings serrés. Samuel vit ses yeux s’embuer au moment où il quittait la chambre d’hôpital pour s’enfuir finalement, quelque part dans le couloir nimbé de lueur électrique.
Le visage de Samuel se tendit. Il s’approcha du lit, et à quelques pas de Laurent, il lui lança :
« Comment tu as pu lui dire ça ? T’es con ou quoi ?
- Il… m’a fait… mal.
- C’était pas une raison, bon sang ! Tu sais ce qu’il a fait pour toi ? T'es vraiment trop con, sans lui tu ne serais peut-être pas là !
- … »
Samuel se força à se calmer, et alla s’asseoir là où Gilles s’était assoupi. Au bout d’un moment, il reprit :
« Tu sais, il est resté là à te veiller pendant trois jours. Trois jours, tu te rends compte ?
- Qu’est… qu’est-il arrivé à… au braqueur ?
- Mort. Il s’est tiré une balle dans la tête au lieu de se rendre. Heureusement, tu as été le seul blessé dans l’affaire. Tu as perdu beaucoup de sang, mais rien de fatal, comme tu as pu le constater.
- …
- Et puis... Gilles a été le dernier à lui parler. Au braqueur, je veux dire. »
Le visage de Laurent afficha un air de surprise.
« Gilles était… là ?
- Oui, il était là. Il a franchi le périmètre de sécurité quand il a appris que tu étais dans le supermarché. J’ai pas pu l’arrêter, Sarah non plus. Cet idiot est bougrement agile quand il veut, il a fait une prise de je ne sais quoi à l'un des flics qui a essayé de l'arrêter et l'a envoyé au sol d'un revers. Trop fort, le Gilles.
- …
- A ce que j’ai compris, le braqueur lui a demandé quelque chose avant de finalement se tirer une balle dans la tempe. Gilles ne l’a pas dit aux flics, mais ça avait l’air important. Une histoire de promesse.
- Une… promesse ?
- Ouais, une promesse. Le braqueur a demandé quelque chose à Gilles, qui a accepté.
- …
- Tu sais, il t’aime vraiment. Même moi, j’aurais peut-être pas pris autant de risques pour la fille que j’aime. »
La voix de Samuel s’était durcie. Quelques minutes passèrent, avant que Samuel ne reprenne :
« Tu ne le mérites pas. »
Et à son tour, il sortit.