Roman-feuilleton (9) - "il est vide, ton carnet"
Elles éclatèrent de rire, puis Valentine se confia finalement à sa vieille amie, toutes deux blotties sur le canapé à siroter un thé brûlant.
« Hum. Si j’ai bien compris, tu es restée sur le palier devant la boite aux lettres à de te morfondre sur ton prince charmant, à te demander si tu devais ou non faire le premier pas quand – par on ne sait quelle divine coïncidence – tu trouves un carnet dans la boite aux lettres dont la seule page écrite est un message d’encouragement ? J’ai bien tout compris ?
- Oui. Le message disait « Quoique tu souhaites, tente ta chance. » Cela tombait tellement au bon moment, j’ai cru à un signe du ciel. Puis je suis partie au boulot, on s’est retrouvées ensuite et on est montées dans l’ascenseur. Et là, en sortant, je tombe sur lui.
- Mouais, dans le genre coïncidence, c’est pas mal en effet. Tu as toujours ce carnet ?
- Oui, je l’ai gardé dans mon sac. Attends une seconde.
- …
- Le voilà. Vas-y, lis-le.
- Hum, il est vide ton carnet, là.
- Pardon ?
- Ton carnet, ce n’est qu’un vieux tas de papier jauni, c’est tout. Y a rien écrit dessus.
- Montre !
- …
- Mais c’était écrit ! Là, juste là !
- Valentine, t’es sûre que t’avais pas bu en te levant ?
- Non, je te jure ! C’était écrit !
- …
- S’il te plaît, crois-moi – je ne suis pas folle…
- Ecoute, je pense que tu traverses en ce moment une période difficile, fortement chargée émotionnellement : ton nouveau boulot d’abord, puis tu tombes amoureuse – beaucoup de tensions, ça peut expliquer beaucoup de choses, tout ça. Tu as pu imaginer lire dans le carnet ce que tu souhaites inconsciemment.
- Mais c’était écrit ! Je te le jure ! Ah !
- …
- Arrête de me regarder comme ça – je ne suis pas cinglée !
- Ok, bon, eh bien, on va aller toutes les deux se coucher, maintenant, d’accord ? On reparlera de tout ça demain, une fois bien reposées. J’ai eu une dure journée moi-aussi.
- Oui, d’accord…
- …
- Sarah ?
- Oui ?
- … Non, rien… Bonne nuit.
- Bonne nuit. »