23/06/2004

23/06/04 - 12:19

Roman-feuilleton (3) - "Parce que."

Il déballa le dernier carton contenant ses affaires soigneusement arrangées, puis se mit à mettre de l’ordre dans sa nouvelle chambre. Il rangea un à un ses livres sur les étagères par ordre alphabétique du nom de leurs auteurs, puis s’occupa de l’armoire à vêtements, mettant un soin tout particulier à la disposition de ses chemises, inspecta ensuite son bureau de bois clair parfaitement astiqué, vérifia alors méticuleusement les câblages de son ordinateur, et enfin passa l’aspirateur dans toute la pièce – puis dans tout l’appartement puisqu’il y était.
Un bruit dans l’entrée perça le ronflement grotesque de l’appareil électrique. Samuel venait de rentrer.
« Salut ! Alors, t’as fini de t’installer ?
- Pas tout à fait. Il y a encore une chose, mais je t’attendais pour m’aider à la transporter.
- Quoi ?
- Tu verras.
- … »

En bas de l’immeuble résidentiel :
« Ton piano ? Mais nous habitons au quatrième étage !
- Et alors ?
- Mais Laurent, ce piano est énorme ! Il ne rentrera pas dans l’ascenseur !
- C’est pour ça que tu es là. Tu vas me donner un coup de main pour le transporter jusque chez nous.
- Ne me dis pas qu’on va emprunter les escaliers ?
- Un peu d’exercice ne te tuera pas.
- Vu la taille du piano, j’ai des doutes.
- Ne te fais pas prier, je ne vais tout de même pas abandonner mon piano ici. Je ne me suis pas encore plaint de ton saxophone, que je sache.
- Putain, je crie au coup bas !
- Alors, il vient ce coup de main ?
- Bon sang, mais pourquoi tu ne joues pas du violon ?
- Parce que.
- … »
Ils mirent une heure et demi avant d’arriver enfin à leur étage – Samuel ayant exigé de faire une pause de dix minutes entre chaque niveau, juste pour reprendre son souffle. Une fois arrivés, Samuel s’affala plus ou moins gracieusement contre le mur, en sueur, ahanant :
« Bon sang, j’aurais dû te demander si tu jouais d’un instrument de musique avant de te prendre comme coloc…
- C’est réciproque.
- …
- Tu vas voir, un piano, c’est très convivial.
- Je veux bien te croire – mais son poids me reste quand même en travers des épaules.
- Pff, j’ai jamais entendu quelqu’un se plaindre autant que toi.
- Ca se voit que c’était pas toi qui étais sous le piano pendant toute la montée.
- On a tiré au sort, non ? C’était ton idée…
- Putain que je déteste le hasard.
- Pas autant que moi. »
Sur ces mots, l’ascenseur s’ouvrit, et deux jeunes femmes en sortirent. La première, Laurent la connaissait déjà, elle avait littéralement défoncé leur porte d’entrée pour menacer Sam et lui ordonner de ne plus jamais jouer de son saxophone. Quelqu’un de particulièrement sensé, donc, et il saurait l’apprécier sans doute, même si elle était quelque peu bruyante. La seconde devait certainement être Valentine, la colocataire de Sarah dont Sam lui avait vanté les charmes. Cheveux châtains, yeux noisette, un petit nez ravissant – il comprit pourquoi Sam lui avait dit qu’elle était mignonne.
Bizarre, il avait cependant l’impression de l’avoir déjà rencontrée. La voix de Sam, qui venait de se refaire une contenance, résonna dans tout le couloir :
« Coucou les filles ! Alors, ça a été votre journée ?
- Les théologiens se trompent. L’Enfer est sur terre.
- Ok Sarah, de bonne humeur à ce que je vois. Et toi Valentine ? Tu as été aux Calanques en ce beau dimanche, il paraît ? Alors, c’était comment? »
La jeune femme resta muette, les yeux chargés de surprise, une vieille boite à biscuit rouillée entre les mains, ignorant complètement Samuel. Laurent se rendit compte qu’elle le dévisageait. Un peu gêné, il dit :
« Bonjour, on ne s’est pas déjà rencontré quelque part ?
- …
- Hum. Enchanté, je suis Laurent, votre nouveau voisin.
- …
- Heu... »
Il lui avait tendu la main, mais elle était restée sans réaction, quand brusquement, le visage rougissant, elle fonça dans son appartement en claquant la porte derrière elle. Sarah l’observa s’enfuir, jeta un coup d’œil sur Laurent, et un sourire malicieux s’afficha sur son visage. Elle le salua et rentra chez elle, à la suite de Valentine.
« Hum, je crois que tu lui as tapé dans l’œil, là. T’es un sacré chanceux quand même.
- Je ne sais pas si je dois en être tellement heureux – pour l’instant, je suis plutôt… décontenancé.
- Ho ho, et il est modeste en plus.
- … »

commentaires

23/06/04 - 21:02

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