29/07/2004Roman-feuilleton (50) - "Tu ne le mérites pas"« Alors, enfin réveillé ? »
La voix de Samuel, à l’entrée de la chambre, attira soudain son attention. Gilles se redressa brusquement en sentant son mouvement. Voyant Laurent éveillé, il lui sauta au cou, l’étreignant :
« Mon Dieu Laurent, tu es enfin réveillé ! »
Il pleurait de joie en disant cela.
Laurent se sentit gêné, mais il n’avait même pas la force de le repousser.
« S’il… s’il te plaît… »
Gilles le regarda avec attention.
« Va… va-t-en… Tu me… fais mal… S’il te plaît… »
Gilles le dévisagea un instant, comme s’il ne comprenait pas, puis il se mordit la lèvre et sortit, les poings serrés. Samuel vit ses yeux s’embuer au moment où il quittait la chambre d’hôpital pour s’enfuir finalement, quelque part dans le couloir nimbé de lueur électrique.
Le visage de Samuel se tendit. Il s’approcha du lit, et à quelques pas de Laurent, il lui lança :
« Comment tu as pu lui dire ça ? T’es con ou quoi ?
- Il… m’a fait… mal.
- C’était pas une raison, bon sang ! Tu sais ce qu’il a fait pour toi ? T'es vraiment trop con, sans lui tu ne serais peut-être pas là !
- … »
Samuel se força à se calmer, et alla s’asseoir là où Gilles s’était assoupi. Au bout d’un moment, il reprit :
« Tu sais, il est resté là à te veiller pendant trois jours. Trois jours, tu te rends compte ?
- Qu’est… qu’est-il arrivé à… au braqueur ?
- Mort. Il s’est tiré une balle dans la tête au lieu de se rendre. Heureusement, tu as été le seul blessé dans l’affaire. Tu as perdu beaucoup de sang, mais rien de fatal, comme tu as pu le constater.
- …
- Et puis... Gilles a été le dernier à lui parler. Au braqueur, je veux dire. »
Le visage de Laurent afficha un air de surprise.
« Gilles était… là ?
- Oui, il était là. Il a franchi le périmètre de sécurité quand il a appris que tu étais dans le supermarché. J’ai pas pu l’arrêter, Sarah non plus. Cet idiot est bougrement agile quand il veut, il a fait une prise de je ne sais quoi à l'un des flics qui a essayé de l'arrêter et l'a envoyé au sol d'un revers. Trop fort, le Gilles.
- …
- A ce que j’ai compris, le braqueur lui a demandé quelque chose avant de finalement se tirer une balle dans la tempe. Gilles ne l’a pas dit aux flics, mais ça avait l’air important. Une histoire de promesse.
- Une… promesse ?
- Ouais, une promesse. Le braqueur a demandé quelque chose à Gilles, qui a accepté.
- …
- Tu sais, il t’aime vraiment. Même moi, j’aurais peut-être pas pris autant de risques pour la fille que j’aime. »
La voix de Samuel s’était durcie. Quelques minutes passèrent, avant que Samuel ne reprenne :
« Tu ne le mérites pas. »
Et à son tour, il sortit.
26/07/2004Publicité - "The Crimson Room"L'auteur de ce journal a manifesté son plus grand intérêt pour The Crimson Room - remarquable jeu-énigme de type "chambre close".
L'auteur en profite au passage pour se vanter et dire qu'il a réussi à sortir de la pièce en quelques cinq minutes, montre en main. Ferez-vous mieux ? :-> 23/07/2004Pause publicitaire - "Entre Paris Plage et Fête Foraine""Mesdames et Messieurs, nous interrompons notre programme pour vous faire part d'une interview encore inédite avec le fringant auteur de ce merveilleux journal. Tout de suite en direct avec Loreyette, notre jeune et élégante journaliste de choc :
- Alors, Pyram, nous apprenons à l'instant que vous êtes allé à Paris Plage hier-soir ?
- Tout à fait, je...
- Et qu'en avez-vous pensez ?
- Eh bien, pour tout vous avouer, j'ai trouvé cela un peu décevant...
- Décevant ? Mais que voulez-vous dire ? Tous nos lecteurs sont accrochés à vos paroles ! Quel suspense !
- Je veux dire que c'est un peu trop fréquenté pour ce que c'est, et que je préfère encore aller à la piscine si c'est pour vraiment me rafraîchir...
- Quelle terrible révélation, chers lecteurs ! J'espère que cela ne vous dissuadera pas trop d'aller faire un tour là-bas ne serait-ce que pour y admirer les merveilleux corps exhibés de notre jeune et merveilleuse population ! Mais cher Pyram, nous avons aussi appris que vous avez finalement délaissé Paris Plage pour une autre attraction de la capitale, qu'en est-il ?
- Hum, oui, je vous l'avoue, moi et mes amis...
- Vos amis ? Lesquels ? Jean-Claude Vandamme ? Sharon Stone ?! Bruce Willis ?!!?
- Heu, non, simplement mes amis de Paris, je...
- Vous n'osez pas parler de Tobey Maguire ?!!!?
- Non, pas du tout, et comme je vous disais, lassés de Paris Plage, moi et mes amis sommes rapidement allés nous promener au hasard de Paris, et nos pas nous ont amené à une fête foraine, et...
- Oh, une fête foraine, comme c'est... exotique ! Chers lecteurs, notre bien-aimé Pyram nous surprendra toujours !
- Heu, oui, c'est cela, et donc nous avons passé du bon temps à la fête foraine installée dans le jardin des Tuileries, d'ailleurs je ne connais pas son nom alors si vous pouviez me l'apprendre...
- Oh, chers lecteurs, que voilà une question difficile ! Si parmi vous un puissant érudit pouvait offrir la réponse, notre rédaction se ferait une joie de vous offrir, accrochez-vous bien, une capsule remplie du sable de Paris Plage ! Oui, vous avez bien entendu ! Alors empressez-vous de nous répondre ! Seul le premier aura droit à son petit cadeau !
- Oui, et à part ça, c'était vraiment très bien cette fête foraine, cela faisait très longtemps que je n'étais pas allé à une fête comme ça, et si parmi vos lecteurs il y en a que ça intéresse d'aller y faire un tour, qu'ils n'hésitent pas. J'y retournerai volontiers moi-même, et...
- OH MON DIEU, vous avez bien entendu, très chers lecteurs, Pyram cherche des gens pour l'accompagner à la fête foraine ! Cher Pyram, mais qu'en est-il de votre liaison avec le sublime Takeshi Kaneshiro ? Pourquoi refuserait-il d'y aller avec vous ?
- Mais non, il n'y a jamais eu de liaison entre Kaneshiro et moi, je ne l'ai même jamais rencontré de ma vie ! Je...
- Allons Pyram, nous savons tous que vous portez un grand intérêt à ce brillant acteur asiatique ! C'est évident qu'il y a anguille sous roche, non, baleine sous caillou !!!
- Oui mais de là à le connaître et sortir avec...
- Allons allons, vous ne nous y prendrez pas, mon cher Pyram ! En tout cas, je vous remercie infiniment pour cet entretien, et vous laisse à vos studieuses occupations.
- Oui, et s'il y a des gens que cela intéresse de...
- Loreyette, à vous les studios !"
21/07/2004Roman-feuilleton (49) - "Coïncidence"« Ce portrait te satisfait ?
- Oui, c’est à peu près ça. La figure lisse, les yeux bleu foncé. Il avait un regard vide et froid quand il la suivait.
- Tu en es bien sûre, Valentine ?
- Oui, sûre. Tu doutes de moi ?
- Je ne sais pas. »
Sarah reposa le portrait-robot dans le dossier puis se versa une tasse de café.
« Je suis navrée pour mon attitude ces derniers temps.
- Ce n’est pas grave. Je comprends que ton métier puisse mettre tes nerfs à…
- J’ai fait un cauchemar l’autre soir, après ma bavure. Bon sang Valentine, c’est comme si j’y étais retournée. J’avais à nouveau douze ans, j’étais dans la maison, notre maison, avec Papa, Maman, ma soeur. L’incendie, la fumée, le visage du type qui a foutu le feu, j’ai tout revu. Tu es sûre de ce portrait-robot ?
- Oui, certaine. C’est ce type qui a suivi la victime ce jour-là.
- Cet homme, il a… Il a le même visage que celui qui m’a frappée, il y a douze ans, avant de mettre le feu. Avant que toute ma famille ne meurt. Le même visage, les mêmes yeux. »
Un silence que Valentine interrompit rapidement.
« C’est impossible, ce n’est peut-être qu’une coïncidence. C’était il y a douze ans, et…
- Et quoi ? Cela peut très bien être le même homme. La couleur des yeux, surtout, m’a mis la puce à l’oreille.
- Mais comment as-tu pu voir, il devait faire noir, tu n’as peut-être pas bien vu…
- J’ai allumé la lumière.
- Hein ?
- Quand je l’ai surpris dans le bureau de mon père, j’ai allumé la lumière. Il m’a regardé sans ressentir la moindre surprise, et s’est approché de moi rapidement avant de m’assommer. Je me souviens clairement de ses yeux d’un bleu foncé. Ce n’est pas une couleur d’yeux très courante, tu le sais ? »
Valentine se leva et commença à faire les cent pas.
« C’est possible, après tout, douze ans, c’est assez court, il aurait pu avoir la vingtaine à l’époque, et garder le même visage à la trentaine… Et que vas-tu faire ? Tu en as parlé au commissaire ?
- Bien sûr que non. C’est une affaire personnelle. Avant tout, j’ai bien l’intention de l’arrêter avant qu’il ne massacre la moitié des femmes de cette foutue ville. »
20/07/2004Roman-feuilleton (48) - "flottant dans le vide"Il flottait quelque part, dans le vide.
Laurent regardait l’immensité blanche au dessus de lui – ou était-ce en dessous ? Il n’y avait pas de haut, pas de bas ici, dans cet espace sans repère. Il décréta alors être debout, et tenta de bouger les bras, ce qu’il fit sans difficulté.
Il porta instinctivement la main à son torse, redoutant la blessure faite par la balle, mais il ne trouva rien. Son corps était indemne.
Il tenta de parler, sa voix s’éleva en échos sinistres, et il appela : « Ohé, il y a quelqu’un ? »
Il perçut une silhouette au loin, et tenta de s’en approcher maladroitement. La silhouette de dos était celle d’une femme, aux cheveux longs et châtains, noués en une longue tresse.
Tout au fond de lui, il sut qui elle était. Celle qu’il aimait, celle qu’il cherchait.
Il lui toucha l’épaule, le contact fut froid, il allait lui parler, quand soudain il se mit à chuter. Une douleur le prit là où était sa blessure, du sang se mit à suinter doucement, puis à flot, et il cria. Regardant la femme flottant encore là-haut, il croisa un bref instant son regard, un regard aussi gris que l’acier.
Il continua de tomber en hurlant, puis plus rien.
Il se réveilla en geignant, couché dans un lit d’hôpital.
Il sentit sur ses doigts la main tiède de quelqu’un, et regarda sur le côté, et vit une personne endormie, assise sur une chaise en plastique, la tête reposant sur le rebord du lit, ses cheveux près de son corps.
Gilles.
Episode 3 - "Réflexions"Episode 3 - "Réflexions" 19/07/2004Pause publicitaire - Allez au cinéma avec PyramPyram s'asseoit dans la salle avec son pote.
Les bandes-annonces passent, puis les pubs.
Fin de l'avant-séance.
Silence dans la salle alors que le film commence.
Pyram : "Au fait, c'est quel film qu'on est venu voir déjà ?" InterludeL'auteur étant rentré plus tôt que prévu, après s'être bien amusé quand même, il est à nouveau disponible. La reprise de ce programme est donc pour très bientôt.
14/07/2004InterludeL'auteur étant absent pour une petite semaine, ce programme sera malheureusement interrompu tout le long de cette période.
Veuillez-nous excuser pour ce désagrément. 13/07/2004test (bis) pour boogaloo
Edit : second essai avec une image différente
12/07/2004Prochainement dans votre roman-feuilleton !Laurent à l'hôpital se remet lentement de sa blessure, tandis que Sarah continue de poursuivre le meurtrier en série... Les révélations de Valentine en font une témoin de première importance, et l'enquête se complexifie avec un nouveau meurtre sanglant !
Samuel et Gilles décident de faire une pause dans leur complot amoureux, et passent de plus en plus de temps ensemble : une idylle se nouerait-elle entre eux ?
Enfin, Gabrielle continue de filer le parfait amour avec le mystérieux mais sinistre Alex...
Où tout cela va-t-il nous mener ? Cela, chers lecteurs, vous le saurez dans le prochain épisode de votre roman-feuilleton favori !
>>> L'épisode 3 "Réflexions", prochainement sur ce journal !
Fin de l'épisode 2 "Changements"... Roamn-feuilleton (47) - "Je vous le promets"Il se souvint du passé, de ce qu’il aurait pu être, de ce qu’il aurait pu devenir, regarda encore une fois la situation qu’il avait provoquée, encore une belle connerie de sa part, puis porta lentement le canon à sa tempe. Il vit celui qui s’appelait Gilles se précipiter vers lui pour l’empêcher de tirer, mais le coup partit. A temps.
Odeur de poudre et de chair mêlée.
Gilles pleurait au dessus du cadavre alors que les flics lançaient enfin l’assaut. On emporta rapidement le corps agonisant de Laurent et les autres otages s’en sortirent tous sains et saufs.
Dans un murmure, Gilles glissa au mort :
« Je vous le promets. »
Roman-feuilleton (46) - "Qu'est-il pour vous ?"« Je vous en pris, laissez partir les otages, au moins le blessé !
- Tu connais Sarah ?
- Heu… Oui, je la connais depuis peu… c'est-à-dire que…
- Comment va-t-elle ?
- Pas très bien. Elle a frôlé la crise de nerf l’autre jour, mais… comment la connaissez-vous ?
- On était au même lycée de banlieue. On est même sorti ensemble à l’époque.
- Ah. Je vois. Et qu’est-ce qu’il s’est passé ensuite ?
- Rien. La vie a continué, et nous nous sommes perdu de vue. Elle est devenue flic apparemment, c’est bien, c’est un métier qui lui va bien. Moi, je suis devenu un moins que rien. »
Les yeux du preneur d’otage s’embuèrent. Gilles le prit presque en pitié, mais ce n’était rien face à l’inquiétude qu’il ressentait en voyant le corps recroquevillé de Laurent, juste là, à quelques pas de lui. S’il avait pu, il se serait hâté de l’emmener au dehors, là où les secours pourraient le sauver.
Mais non, tout ce qu’il pouvait faire était écouter un type armé d’un flingue lui raconter le désastre qu’était sa vie.
Et pourtant…
« C’est votre ami ?
- Oui. Il s’appelle Laurent.
- Et vous, vous vous appelez comment ?
- Gilles. Gilles Carelli.
- Oh. Italien toi aussi ?
- Mon père, oui. Ma mère est Allemande.
- Curieux couple.
- En effet. Il n’a pas duré, de toute façon.
- Divorcés ?
- Oui.
- Désolé.
- Y a pas de mal.
- Qu’est-ce que Laurent a fait pour que vous soyez allé jusqu’à passer le cordon de sécurité pour pénétrer ici ? Qu’est-il pour vous ?
- Eh bien, je… Il… il m’a sauvé la vie, quand nous étions au lycée… et…
- Et ?
- Je l’aime.
- Oh. Je vois.
- Je vous en pris, je vous le redemande, laissez-le partir, gardez-moi à sa place !
- D’accord.
- Hein ?
- D’accord. Je vais vous laisser partir. Tous. Mais avant, je veux que vous fassiez quelque chose pour moi.
- Quoi ? »
Roman-feuilleton (45) - "mourir..."La douleur fut d’abord atroce, puis il s’était peu à peu engourdi, et maintenant il ne sentait plus rien qu’une étrange tiédeur fade. Il entendait de vagues bribes de paroles mais ne saisissait plus rien de distinct. Il n’avait plus la force d’ouvrir les yeux.
Il allait donc mourir…
S’il avait pu, il aurait serré les dents.
Roman-feuilleton (44) - "qu'est-ce que t'as encore foutu"Il faisait chaud, la sueur perlait à grosses gouttes de son front. Gino tentait de réfléchir tout en gardant un œil sur les otages.
Dans quel merdier s’était-il fourré !
Ce type lui avait dit que ce serait facile, qu’il n’aurait qu’à rentrer, crier un peu en gesticulant avec le flingue qu’il lui avait donné et repartir les poches pleines de fric. Pourquoi cela n’avait-il pas marché ? Pourquoi ? Tout avait l’air si simple !
« Vous devriez nous laisser partir, vous savez.
- La ferme. »
Il jeta un regard noir sur la vieille qui venait de lui adresser la parole. Un manteau bleu défraîchi et un petit sac de cuir verdâtre. Elle lui rappelait sa grand-mère. Dieu qu’il détestait cette vieille peau.
« Mais il perd tout son sang, vous devriez vraiment le laisser partir ce jeune homme ! Il ne vous a rien fait !
- J’ai dit ta gueule la vieille ! »
Soudain les portes automatiques du supermarché s’ouvrirent et laissèrent entrer un type d’1m70 environ, habillé d’un pantalon court et d’un t-shirt orange vif. Des cris s’élevèrent dehors. Il braqua son arme sur le nouveau venu, qui leva les bras en s’approchant.
« Je viens pour un échange, laissez le blessé repartir et gardez-moi à sa place. »
Il se mit à frémir de nervosité. Le nouveau venu regardait les otages, et Gino vit ses yeux s’attarder sur le gars qui s’était reçu la balle tout à l’heure.
« Qui t’es, un flic ?
- Non.
- T’es qui alors ?
- Je suis son ami. »
L’inconnu désigna le blessé.
« Il a besoin de soin, laissez le repartir avec les autres otages, vous pouvez me garder avec vous si vous voulez. »
C’était dit sur un ton à la fois grave et implorant.
« Je veux pas de toi, c’est sûrement un piège, allez, casse-toi ! »
Brusquement une voix familière retentit du dehors, amplifiée par un stentor :
« Gino, abruti, qu’est-ce que t’as encore foutu !
- Sa.. Sarah ? »
Il reconnut immédiatement la voix aux accents autoritaires si caractéristiques…
« Gilles, petit con, qu’est-ce qui t’a pris de rentrer là dedans !
- Gilles ? »
Il tourna le regard vers le gars au t-shirt orange, qui afficha un sourire pleine de dents bien blanches.
« Je te jure que si tu t’en sors vivant, tu vas me le…
- Allons lieutenant, lâchez ce stentor ! Lâchez-le, je vous dis, allez…
- Non, laissez-moi, je… »
Silence.
09/07/2004Roman-feuilleton (43) - "plongé dans un état second"« Vous pouvez me répéter la description du blessé ?
- 1m85 environ, roux aux yeux verts. Chemise blanche, pantalon gris.
- Roux aux yeux verts ? »
Sarah eut un bref coup au cœur.
Laurent ? Elle ne l’avait pas vu avec les autres. Est-ce que ça pouvait être lui le blessé ?
Elle se mordit la lèvre.
C’est alors qu’elle vit arriver Valentine.
« Sarah, c’est très important, il faut que je te parle !
- Non, Val, je suis occupée là, retourne de l’autre côté du périmètre de sécurité !
- Mais, enfin, c’est à propos des meur…
- Officier, sortez-la d’ici. »
L’agent de police emmena Valentine qui commençait à pleurer. Samuel et Gilles le regardaient la ramener vers eux. Gilles pénétra à son tour dans le périmètre et accourut vers Sarah, qui grogna en le voyant débarquer à son tour.
« Bon sang mais vous ne pouvez pas rester tranquilles là-bas ! C’est une prise d’otage, bordel de merde ! Allez, emmenez-moi celui-là aussi !
- Lâchez-moi ! Sarah, c’est important, tu devrais écouter ce que Val a à te dire !
- Rien n’est plus important que la vie des otages, Ducon ! Laurent est peut-être là-dedans en ce moment même ! »
Elle vit le visage de Gilles blêmir. Elle regretta aussitôt d’avoir révélé son soupçon. Gilles ne dit plus rien, se laissant entraîner machinalement, plongé dans un état second.
Il rejoignit Samuel et Valentine, qui continuait de pleurer.
Roman-feuilleton (42) - "Où est Valentine ?"« Je crois qu’il y a encore beaucoup de boulot avant que Laurent et Sarah ne tombent finalement dans nos bras…
- Effectivement. Je n’imaginais pas que Sarah fut à ce point passionnée par son travail…
- Elle a de quoi. Sa famille est morte dans un incendie criminel quand elle avait douze ans je crois.
- Comment tu sais ça ?
- Elle l’a raconté à Val, qui me l’a ensuite répété.
- Rappelle-moi de ne jamais confier de secret à Val.
- Ok.
- Ni à toi d’ailleurs.
- Hé hé.
- Il va falloir réfléchir à un moyen d’attirer l’attention de la belle brune quand même, il doit bien y avoir un moyen.
- On peut demander à Valentine. Elle sait peut-être ce qui fera craquer Sarah.
- Et la mettre au courant de notre marché ? Non, merci.
- Et Laurent ? Tu penses que tu vas y arriver ?
- Oh oui, crois-moi, nous n’en sommes qu’à la première étape.
- Toutes ces sirènes… Tu crois que c’est grave ?
- Peut-être. On peut descendre aller voir.
- Ouaip. En plus Laurent est peut-être en train de regarder lui aussi.
- Où est Valentine ? »
Roman-feuilleton (41) - "où est Laurent ?"« Mais au fait, où est Laurent ?
- Parti faire des courses. »
Roman-feuilleton (40) - "je suis sortie avec lui"« Où en sommes-nous ?
- Lieutenant Belaïd ? Que faites-vous là ?
- J’habite dans l’immeuble, là. Besoin d’un coup de main ?
- Peut-être. C’est une prise d’otage, dans le supermarché. Un type qui braquait la caisse est resté dedans coincé avec quatre ou cinq personnes, dont une grièvement blessée apparemment. Plusieurs coups de feu ont retenti depuis le début, et le gars refuse toujours le dialogue. Il a laissé sortir une femme et son gamin, qui nous ont raconté qu’un jeune homme y avait été blessé sévèrement au ventre ou à la poitrine, ils n’ont pas bien vu.
- Vous songez à lancer l’assaut ?
- Non, trop de risques. On essaie d’abord de faire sortir le blessé, s’il n’est pas déjà trop tard.
- Une identité de l’identité du braqueur ?
- Oui, Gino Rossetti, une petite frappe du quartier. Personne ne comprend pourquoi il a fait ça.
- Je vois. Quatre ou cinq otages, vous avez dit ?
- Oui.
- Merci, où est le commissaire ?
- Là-bas.
- J’y vais.
- Bien, lieutenant. »
Sarah s’approcha du vieux commissaire qui l’avait mise à pied pour sa « bavure » de l’autre fois.
« Oh, inspecteur Belaïd, attirée par l’odeur du sang, comme d’habitude ?
- Je suis une femme d’action, commissaire.
- Sans doute, mais ce n’est pas ce dont nous avons besoin pour l’instant. J’ai quatre otages à sortir et un homme armé et dangereux à arrêter, là.
- Je connais le braqueur.
- Vous le connaissez ?
- Oui, je suis sortie avec lui. »
Roman-feuilleton (39) - "Lucien Fernet"Il s’appelait Lucien Fernet.
Il avait quarante-huit ans et sa femme venait de le quitter. Depuis il avait passé son temps à végéter dans son salon et son lit, à regarder la télé et à boire. Il espérait qu’elle rentrerait, comme les autres fois. Mais non, elle ne rentrait pas. Il avait essayé de la chercher, il l’avait retrouvée chez une amie, mais un « Non ! » clair et net fut la seule réponse qu’il reçut. Il n’allait plus au boulot depuis lors, ne sortait que pour aller faire quelques courses alimentaires dans le supermarché du coin de la rue.
Et il se souvenait parfois de leur jeunesse.
Du temps où ils allaient se balader tranquillement, histoire de se bécoter dans les parcs et les cinémas, pour rentrer s’épuiser au lit jusqu’à pas d’heure.
Elle lui manquait terriblement.
Lorsqu’il vit ce type armé sortir son flingue et menacer la caissière, un bref raisonnement s’opéra dans sa tête. Il se voyait le neutraliser, comme dans les films, et l’aligner d’un coup de poing. Il serait un héros, les journaux parleraient de lui, il passerait à la télé, sa femme l’y verrait et rentrerait, ils seraient riches et ils vivraient heureux.
C’est pour ça qu’il tenta sa chance.
Suant sous son vieux pull vert délavé, il s’était approché lentement, aussi discrètement que possible. Il y était presque, presque, quand le braqueur le vit et leva son arme.
Merde !
Un coup d’épaule le projeta sur le côté tandis qu’il entendait le coup de feu, qui l’assourdit quelques secondes. Au sol, il ouvrit les yeux pour voir le jeune homme qui l’avait poussé roulé en boule par terre, du sang maculant sa chemise. Ses traits se tendirent d’horreur.
C’était sa faute. Entièrement de sa faute.
Dehors on entendit les sirènes de police.
Roman-feuilleton (38) - "en trombe"Sarah tenait encore le carnet entre ses mains quand elle entendit les sirènes en bas de la rue. Elle regarda par la fenêtre et vit les voitures de police.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
Valentine s’approcha vivement d’elle.
« Sarah, Sarah, il faut que je te parle, je l’ai vu ! J’ai vu le type ! Il…
- Ca attendra un peu, Val, apparemment il se passe quelque chose dans la rue, je vais voir.
- Mais Sarah, attends, j’ai pas fini, c’était hier et… »
Sarah était déjà ressortie en trombe, Samuel et Gilles prenant bien soin de s’écarter sur son passage.
08/07/2004Roman-feuilleton (37) - "Un coup retentit"Laurent réfléchissait méthodiquement aux différents moyens de découvrir l’identité de celle qu’il s’était finalement avouer aimer en se promenant tranquillement dans les rayons du petit supermarché du quartier.
Elle – car il ne savait pas comment la désigner, autrement que par un mystérieux « Elle » - avait laissé quelques indices rares au gré de leurs conversations, et il allait certainement devoir éplucher leurs échanges en quête d’un détail. Il se souvenait qu’elle évitait de parler de sa famille – à peine avait-elle fait allusion à un grand frère, une fois. Quant à son métier, aucun détail non plus. Il se disait cela tout en jaugeant les innombrables marques de lessive. Laquelle n’avait-il pas encore essayé ? D’ailleurs, ils n’avaient plus d’adoucissant non plus à la maison, il allait falloir en racheter. Et des éponges aussi, pour la vaisselle que Samuel ne faisait jamais. Ainsi que quelques…
Un cri retentit, l’interrompant dans sa mentale liste des courses.
Il se précipita pour s’arrêter soudain, et s’accroupir brusquement derrière le rayon des biscuits lorsqu’il vit la caissière menacée par un individu grand et maigre vêtu d’un manteau noir et brandissant nerveusement un revolver. D’autres cris, provenant de la clientèle paniquée, s’élevèrent au travers des rayonnages.
Laurent grimaça en voyant l’homme de la sécurité gisant dans un coin, assommé. Il essaya de regarder autour de lui pour repérer le nombre de personnes encore présentes dans le supermarché lorsque l’homme au revolver le remarqua et lui cria sèchement de se coucher par terre, comme les autres. Deux femmes pleuraient quelque part, il entendait leurs hoquets paniqués. Il obtempéra lentement et vit alors, dans un autre rayon, un homme entre deux âges, vêtu d’un vieux pull vert délavé, avancer lentement. Le braqueur restait fixé sur Laurent.
« Alors, connard, tu te couches, oui ? »
Laurent jura intérieurement devant la stupide témérité de l’homme au pull vert. Ce type avait une arme, bon sang, inutile de jouer au héros ! Il commença lentement à se baisser.
La caissière finissait de vider la maigre recette de la matinée dans un sachet en plastique lorsque l’homme au pull vert, profitant de la distraction du braqueur, tenta de se jeter sur lui. Le braqueur le remarqua cependant, brandit son arme et tira.
Un coup retentit.
Laurent se précipita.
L’homme au pull vert était au sol, à peine sonné. Laurent gisait à ses pieds – du sang commençait de tremper sa chemise blanche.
05/07/2004Roman-feuilleton (36) - "Elle avait décidé de changer"Gabrielle fredonnait en rentrant chez elle.
Alex lui avait laissé son numéro de téléphone et elle se demanda quand il conviendrait de l’appeler. Aujourd’hui même ? N’était-ce pas trop tôt ?
On disait souvent d’attendre trois jours. Cela lui parut irrépressiblement stupide sur le moment. Elle l’aimait bien, il l’attirait, pourquoi hésiter ?
Elle se sentit revivre alors, le soleil du dimanche la réchauffant malgré le froid de novembre, son cœur transporté.
Une fois rentrée, elle trouva une douzaine de messages et autres e-mails de sa part. Elle ne lui avait donné aucune nouvelle, et il commençait à s’inquiéter de son absence. C’était normal, et elle était touchée de l’attention.
Mais cela ne l’empêcha pas d’effacer les messages en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Elle avait décidé de changer. Elle s’y tiendrait.
Roman-feuilleton (35) - "Juste pour nourrir le monstre"Sarah était assise dans la petite cuisine, sirotant un autre café. La nuit fut courte, mais intense en événements. Valentine n’était pas quand elle rentra la nuit précédente, mais elle y songeait à peine, concentrée sur son enquête.
A part de nombreuses empreintes, on n’avait trouvé aucune trace du tueur. Aucun signalement, aucun témoin de quoi que ce soit. La recherche sur les empreintes n’avait rien donné de fructueux et il fallait à présent réfléchir à un moyen d’empêcher le meurtrier de recommencer. Elle acheva son café et se prépara quand un bruit la fit se retourner. Le sac à main de Valentine était tombé de sa chaise, répandant une partie de son contenu. Elle s’approcha et commença d’en ramasser les entrailles quand elle vit le petit carnet de cuir bleu que lui avait montré Valentine l’autre jour.
Instinctivement, elle le feuilleta, et sur une page quelque part, elle tomba sur trois petites phrases manuscrites :
De beaux yeux, de beaux yeux
Juste pour nourrir le monstre
Il a si faim !
Elle se figea en lisant ces mots.
La porte s’ouvrit, elle se redressa brusquement pour voir Valentine entrer suivie de Samuel et Gilles, le gars qui l’avait mise à terre l’autre soir.
Roman-feuilleton (34) - "Il se fera un plaisir de vous émasculer"Laurent surgit silencieusement de sa chambre pour découvrir Samuel, Gilles et Valentine en train de dormir pêle-mêle sur le canapé. Il sourit à cette vision insolite du dimanche matin, et se dirigea vers la salle de bain, dans laquelle il pénétra avec nonchalance.
Cri strident.
Laurent referma précipitamment la porte.
Il y avait une fille dans la salle de bain. Il n’avait pas eu le temps de bien voir son visage dans la vapeur qui envahissait la pièce d’eau – la poitrine nue et moite de la demoiselle ayant par ailleurs capté l’essentiel de son attention. La porte se rouvrit brusquement et il recula, craignant le pire.
La jeune femme, enserrée dans l’une des grandes serviettes de bain de Samuel, sortit avec une nouvelle bouffée de vapeur, laissant des empreintes de pied mouillé sur les lattes de bois du couloir.
Ils se regardèrent un petit moment, puis Laurent finit par dire, en déglutissant :
« Hum… je suis désolé.
- Ce n’est pas grave.
- Vraiment ? Parce que… heu…
- Je vais juste raconter ça à mon frère. Il se fera un plaisir de vous émasculer.
- Votre… frère ?
- Sam.
- Tu es la sœur de Sam ?
- Et toi son colocataire, n’est-ce pas ? »
Elle le laissa là pour aller dans la chambre de son frère, où elle passa un petit moment à s’habiller. Elle ressortit vêtue d’une robe de soirée froissée et partit en refermant bruyamment la porte, en lui adressant tout de même un sourire en partant.
Dans un coin du canapé, Samuel se réveilla en grommelant.
02/07/2004Roman-feuilleton (33) - "tu fais quoi comme boulot ?"Elle riait encore, grisée, quand Samuel ouvrit la porte.
« Gabe ?
- Salut, frérot. Ca va ?
- Que fais-tu là ? Il est trois heures du matin !
- Et toi, pourquoi t’es pas couché ?
- Je discutais avec un ami, mais ça n’a rien à voir. Qu’est-ce que tu…
- Fais voir. »
Elle pénétra en titubant légèrement dans l’appartement et vit Gilles, assis dans le canapé. Ce dernier lui sourit, et elle lui rendit son sourire, le rejoignant sur la banquette.
« Salut, j’suis Gab… Gabrielle. La sœur de Sammy.
- Enchanté. Moi c’est Gilles.
- Tu sais que tu es très joli garçon ?
- Oui, heu, en effet…
- Tu sais quoi ?
- Je crois que je suis tombée amoureuse… »
Elle se mit à glousser avant de continuer :
« Il est beau, et grand… il a les yeux d’un bleu si profond… Tu sais qu’il est très riche ? Il est… »
Elle n’acheva pas sa phrase, s’endormant rapidement sur son épaule. Samuel se précipita pour aller la coucher dans son lit.
Il revint s’excuser.
« Je suis vraiment navré ! Gabrielle n’a jamais bien résisté à l’alcool… Putain, je savais que j’aurais dû l’accompagner ce soir !
- Oh, ce n’est pas grave. Vous vous ressemblez beaucoup, elle et toi.
- Oui, hein ? On a les cheveux de notre mère, et les yeux de notre père.
- De beaux yeux gris, en effet. Au fait, j’avais une question pour toi.
- Oui ?
- A part traîner toute la journée ici à jouer du saxophone, tu fais quoi comme boulot ?
- Hein ?
- Je te parle de ta profession. Tu fais quoi exactement pour gagner ta vie ?
- Heu, je… »
La porte s’ouvrit soudain laissant entrer une Valentine en pleurs. Elle semblait bouleversée et les deux hommes se relevèrent instinctivement pour l’aider à s’asseoir.
« Je l’ai vue ! Je l’ai vue avant qu’il ne la tue ! C’était ce matin ! Ce matin ! Il m’a dit de la sauver mais je n’ai rien fait ! Je n’ai rien fait !
Gilles la serra dans ses bras le temps qu’elle se calme, et ne s’explique enfin.
« C’est… c’est passé aux infos tout à l’heure. Ils… ils ont montré la photo de la nouvelle victime du tueur, celui qui arrache les yeux de ses victimes, et…et je l’ai croisée ce matin dans le bus ! Elle était assise en face de moi, et je crois que j’ai vu le tueur la suivre ! C’était moins d’une heure avant qu’elle ne se fasse tuer selon l’heure supposée du crime donnée aux infos ! »
Elle redevenait hystérique et Samuel lui fit boire lentement un thé très chaud et sucré pour la calmer.
« Tu as appelé Sarah pour lui dire ?
- J’ai essayé mais son portable n’est pas allumé.
- Ce n’est pas grave. Elle ne devrait pas tarder à rentrer. Tu as dit que quelqu’un t’avait dit de la sauver, qui ça ? Qui était au courant que le meurtrier aller la tuer ?
- Heu, c’est… c’est mon carnet.
- Ton carnet ? »
Gilles et Samuel se regardèrent. Sam haussa les épaules.
« Bon, repose-toi. Dès que Sarah arrive, on l’appelle. En attendant tu vas rester ici avec nous. »
Elle ferma les yeux, et se blottit à nouveau contre Gilles.
Roman-feuilleton (32) - "comme si de rien n'était"« Alors ?
- Troisième victime, morte dans les mêmes conditions que les deux autres cas. C’est bien un tueur en série. »
Sarah engouffra une amère gorgée de café chaud.
« On a récupéré plein d’empreintes, les mêmes que précédemment, mais on ignore à qui elles appartiennent. La presse va adorer.
- Je n’en doute pas. »
Elle regarda dans la rue les badauds passer.
Cette affaire s’annonçait difficile. Le tueur n’avait pris aucun soin à nettoyer ses traces, semblant avoir accompli son forfait tranquillement pour s’en aller ensuite comme si de rien n’était.
Elle repensa aux orbites vides et grimaça de dégoût.
Roman-feuilleton (31) - "à ravir"Gabrielle sirotait silencieusement un Manhattan, adossée au mur marbrée du bar-lounge. Elle avait pris sur elle de sortir ce soir, seule.
Son agoraphobie ne pouvait pas durer, et elle avait décidé de prendre le taureau par les cornes en s’immergeant brutalement dans l’élément redouté.
Elle avait demandé à son frère l’adresse d’un bar où elle pourrait boire un verre relativement tranquillement, et ce dernier lui avait débité toute une liste d’enseignes diverses dont elle choisit un nom au hasard.
Et la voilà, engoncée dans une robe de soirée noire qu’elle s’était achetée spécialement pour l’occasion. Elle avait eu du mal à se maquiller (elle n’avait jamais eu grand talent en la matière de toute façon) et décida alors de se limiter à un minimum d’apprêt.
Elle regardait les gens aller et venir, passer devant elle et s’en aller, discutant, riant, buvant dans une atmosphère un peu lourde.
Elle se sentait de plus en plus mal à l’aise dans cet environnement, et se laissa encore dix minutes avant de s’en aller.
C’était un bel exploit dont elle allait devoir se suffire pour l’instant.
Elle sourit en repensant à Samuel.
« Tu es sûre que tu ne veux pas que je t’accompagne ?
- Non, ça ira, je suis une grande fille, je saurai me débrouiller.
- Tu es bien certaine ? Ce n’est pas très sûre pour une fille seule !
- Sam, ça suffit, tout ira très bien. Je n’ai pas besoin que mon grand frère me refasse le coup du chaperon.
- Bon, comme tu veux. Mais tu as mon numéro, appelle au moindre besoin.
- Ok, j’en abuserai volontiers, allez, à demain.
- A demain ! »
Elle posa la coupe de Manhattan à moitié vide et s’apprêta à s’en aller quand elle le vit s'asseoir tranquillement en face d’elle.
« Bonsoir.
- Bonsoir. »
Il était grand, plus grand que Samuel d’une dizaine de centimètres. Les cheveux blonds coupés courts, presque gris clair sous cet éclairage tamisé, et une paire d’yeux d’une couleur sombre qu’elle eut du mal à identifier. Bleu ou vert, peut-être. Des épaules carrées, et une musculature sèche et bien apparente sous une fine chemise de soie blanche.
Elle le trouva beau, mais…
« Vous vous en alliez ?
- Hum… oui.
- Quelle chance alors. J’ai hésité un long moment avant de vous accoster. »
Et il rit timidement.
Soudain, son regard avait changé. D’une froideur sans sentiment, ils s’étaient soudain animés d’une vitalité joyeuse. Un peu comme ceux de Samuel.
« Je suis flattée…
- Je m’appelle Alex. Alex Kieslewski. »
Il lui tendit une main grande mais étrangement douce au toucher, qu’elle frôla à peine.
« Je.. je m’appelle Gabrielle.
- Vous êtes nouvelle ici ? C’est la première fois que je vous vois.
- On pourrait dire ça.
- Vous avez des yeux superbes. »
Elle rougit.
Elle se dit intérieurement que ce type ne cherchait en réalité qu’à la séduire pour mieux l’attirer dans son lit, mais elle se dit qu’après tout, pourquoi ne pas jouer le jeu ?
« Ce sont les yeux de mon père. Mon frère a les mêmes.
- Ils sont à ravir. »
Ils parlèrent un long moment, et elle ne sentit plus le temps passer.
Roman-feuilleton (30) - "En vrai"Il soupira devant son écran.
Elle ne s’était plus connectée depuis plusieurs jours, et Laurent commençait à s’inquiéter. Il lui était peut-être arriver quelque chose ? Un accident, une attaque, un meurtre ?
D’habitude elle le prévenait quand elle devait s’absenter, mais là, rien.
C’était trop anormal.
Mais il n’avait aucun moyen de l’identifier. Cela faisait partie de leur entente implicite, ne jamais chercher à découvrir l’identité de l’autre.
Il resta là à réfléchir pendant de longues minutes, puis au bout d’un moment, il se décida.
Il allait la retrouver, et lui parler.
En vrai.
Roman-feuilleton (29) - "vous êtes mignons tous les deux"On sonna à la porte.
« Bonsoir Sam, je ne te dérange pas ?
- Oh, c’est toi Valentine ? Comment ça va ?
- Très bien. Hum… Sarah vient de m’appeler pour me dire qu’elle ne dînera pas à la maison ce soir, et je me suis dit que… Oh, Gilles, c’est toi ? »
Gilles lui fit un grand sourire assorti d’un petit salut de la main.
« Valentine ! Comment va ? Sarah va bien depuis l’autre soir ?
- Oh, tout va bien, elle a repris le boulot ce matin, ça a l’air d’être une affaire importante. Mais que fais-tu là… avec Samuel ?
- Oh, je lui donne des cours de musique. Il était grand temps de lui apprendre à se servir de son gros instrument.
- Gros instrument ? "
Petite pause.
« Ah, tu veux dire son saxophone ?
- Ben oui. Que voulais-tu que cela soit ? »
Valentine lâcha un petit rire, et adressa à Gilles un petit sourire entendu.
« Bon, je ne voudrais pas vous déranger tous les deux, amusez-vous bien ! C’est fou comme vous êtes mignons tous les deux. »
Et elle retourna dans son appartement, en riant.
« Qu’est-ce qu’elle a voulu dire par « mignons » à ton avis ?
- Je sais pas.
- Tu m’avais pas dit que t’étais très observateur ?
- Mon talent ne marche pas très bien avec les femmes.
- Oh.
- Bon, allez, maintenant retourne à ton cahier.
- Oui, Chef. »
01/07/2004Roman-feuilleton (28) - "ils ne s'attendaient pas à ça"Ils ne s’attendaient pas à ça.
Elle hurla en voyant la flaque de sang, et le corps livide de sa fille, et lui ne put s’empêcher de vomir face à la lourde odeur de chair et d’entrailles qui couvrait l’appartement.
La police arriva bien vite.
Cette fois, le lieutenant Sarah Belaïd avait de bonnes raisons d’être là.
Roman-feuilleton (27) - Leçon de solfège« Coucou Laurent !
- Qu’est ce que tu fais là ? »
Gilles ignora complètement la question pour se jeter dans les bras du grand roux, qui peina à se détacher de la farouche étreinte du petit brun.
« Mais qu’est-ce que tu fais là ?
- Je donne des cours de solfège à Sammy.
- Tu quoi ?
- Je lui apprends le solfège. Figure-toi que cet idiot s’est acheté un saxophone d’occasion pour en jouer sans avoir jamais pris de cours. Alors je lui ai proposé de lui enseigner les bases. Tu sais que je fais toujours de la chorale ?
- … »
Samuel apparut de la cuisine.
« Oh tiens, salut Laurent ! Tu as vu, c’est Gilles ! »
Grand sourire éclatant de Gilles.
« Il va m’apprendre les notes de musique, c’est gentil de sa part, non ?
- …
- Il m’a dit que toi et lui vous vouliez fonder un groupe au lycée mais que ça ne s’était jamais fait, on pourrait peut-être relancer l’idée ? Toi au clavier, moi au saxo et Gilles en chanteur, ça pourrait… »
Claquement de porte.
« Hum, je suppose que ça aurait pu être pire. »
Samuel se tourna vers son acolyte.
« Il refuse toujours de te parler. Tu crois qu’il t’en veut ?
- Cela me paraît évident.
- Quoi, évident ? Je comprends rien du tout.
- Il m’en veut d’avoir changé, de force, la nature de notre relation, entre lui et moi.
- Hein ?
- Pour présenter la chose simplement, jusque là il m’avait idéalisé comme son « meilleur ami » d’adolescence, et tout d’un coup, je reviens et bouscule sa vision du monde en refusant le simple statut d’ami pour lui imposer celui d'«amant. » Il y a de quoi choquer.
- Comment sais-tu que c’est ce qu’il ressent ?
- Je suis quelqu’un de très observateur.
- Et que comptes-tu faire s’il s’obstine ?
- Je n’ai pas l’intention d’abandonner non plus, tu sais.
- Ah ?
- Ne t’inquiète pas, le plan se poursuit comme prévu pour l’instant. Bon, maintenant, ouvre ton cahier, et écris les notes que je vais te dicter.
- Quoi ? Tu vas vraiment m’apprendre ?
- Bien sûr ! Tu t’es déjà entendu avec ton saxophone ? C’est immonde ! Non, tu représentes un défi musical aussi difficile que celui qui consiste à conquérir le cœur de Laurent. Crois-moi, toi aussi je vais te changer. Allez, ouvre-moi ce cahier ! »
Samuel obtempéra, et Gilles commença d’égrainer les notes de musique, les unes après les autres, guettant la moindre erreur de Samuel sur la partition.
Roman-feuilleton (26) - "d'un mouvement de rasoir"Elle pleurait, tremblant de peur, étouffant légèrement derrière sa bouche bâillonnée.
Il n’avait fait aucun bruit.
Elle ne savait même pas comment il était entré.
Mais il était là.
Il l’avait frappée, puis ligotée.
Elle avait essayé de hurler, mais il la fit taire aisément.
Soudain, il la souleva et la jeta sur la table du salon, sur le ventre.
Elle gémissait, parcourue de hoquets d’épouvante.
Alors elle vit la lame.
Un long couteau qu’il avait récupéré dans la cuisine.
Premier coup, planté d’un geste sec dans son dos, au niveau gauche de la poitrine.
Elle hurla, son cri étouffé dans le tissu. Elle se cabra comme pour fuir l’indicible douleur du métal, en vain.
Il retira la lame froide et suintante, et la replanta aussitôt.
Second coup, troisième coup.
Elle hurlait et hurlait, mais rien, personne ne venait.
Elle priait dans sa souffrance, priait pour que quelqu’un arrive, ses parents, la police, le gardien – mais rien, personne ne venait.
Son sang coulait hors de la table, sur la moquette, en ondes de plus en plus fortes.
Quatrième coup, cinquième coup.
Elle ne bougea plus, ses yeux se firent vagues.
Sixième coup, septième coup.
De sa poche, il sortit un étrange instrument de métal, ressemblant vaguement à une pince, et l’enfonça dans l’orbite gauche du corps encore chaud. L’extraction du globe oculaire ne fit qu’un bref bruit de succion, et il trancha le nerf optique d’un mouvement de rasoir. Il déposa son trophée dans un petit bocal.
Il recommença avec l’autre œil, et partit.
Le sang continuait de goutter de la table quand la porte claqua.
Roman-feuilleton (25) - "d'un pas déterminé"« Inspecteur Belaïd, je croyais vous avoir suspendue ?
- Je suis là en simple visite, monsieur le commissaire.
- Entendu, mais ne traînez pas. Vous n’êtes pas encore pardonnée pour l’autre jour.
- Oui, monsieur le commissaire. Au revoir, monsieur le commissaire. »
L’homme aux cheveux blancs s’éloigna d’un pas vif, la laissant dans le couloir. Elle se dirigea dans le bureau qu’elle partageait avec son coéquipier.
« Alors Dany, où en est-on ?
- J’ai reçu le rapport des experts ce matin, c’est bien le même homme qui a tué ces deux filles. Toutes les deux énucléées, avec la même technique.
- Tueur en série ?
- C’est le plus probable. Ecoute, je sais que tu as été suspendue, mais si tu pouvais jeter un œil aux nouveaux éléments du dossier…
- Aucun problème, je t’emprunte ça et je te rends le tout demain matin, ça te va ?
- Merci. Tu as toujours eu plus de flair sur ces trucs-là que moi, et le patron m’a mis en équipe avec ce gros con de Robert. Cet abruti m’énerve, tu peux pas savoir.
- Bon courage, tu vas en avoir besoin.
- Ouais, toi aussi. »
Sarah quitta le commissariat d’un pas déterminé.
Roman-feuilleton (24) - "Sauve-la"Valentine patientait tranquillement, assise dans le bus.
En face d’elle, une étudiante, un peu plus jeune qu’elle, était en train de lire un roman de gare. Fine et blonde, elle relevait de temps en temps la tête pour vérifier que sa station n’était pas la prochaine.
Oisive, Valentine se mit quant à elle à farfouiller dans son sac, et y découvrit le vieux carnet bleu de l’autre jour. Elle se demanda un instant ce qu’il faisait là, puis le rouvrit.
Sauve-la.
Elle ouvrit de grands yeux en découvrant les quelques mots calligraphiés soigneusement sur la petite page. Elle releva la tête, et croisa le regard de la jeune étudiante.
Sauve la.
Qu’est-ce que cela signifiait ?
Son cœur se mit à battre, fort. Elle se mit à trembler légèrement, regardant autour d’elle. Soudain, le bus s’arrêta, et elle tangua un bref instant. L’étudiante se releva et se hâta vers la sortie du bus. Valentine faillit lui crier d’arrêter, mais se retint.
Non, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Ce devait être une blague de Sarah, qui aura écrit ça ce matin dans le carnet, avant de le glisser dans son sac.
Un frôlement à côté d’elle l’arracha à sa pensée : un homme, grand et d’un blond pâle, la dépassa, suivant l’étudiante dans la rue. Elle avait levé les yeux et croisé son regard à lui aussi.
Son cœur s’arrêta, le temps de plonger dans le regard vide de l’inconnu. Elle se mit à transpirer, le regardant s’engager dans la rue et suivre l’étudiante à une douzaine de mètres derrière elle.
Valentine se leva brusquement, et se dépêchait vers la sortie quand le bus redémarra. Elle regarda par la fenêtre les silhouettes de l’étudiante et de l’homme qui la suivait disparaître au coin de la rue.
Début de l'épisode 2 - "Changements"... Fin de l'épisode 1 - "Convergence"...  |